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jeudi 22 août 2024

Diamantino - Gabriel Abrantes, Daniel Schmidt (2018)


Magnifique, candide et attachant, Diamantino est l’icône planétaire du football, un héros flamboyant touché par la grâce. Quand soudain, en pleine Coupe du Monde, son génie s’envole dans les vapeurs roses de ses visions magiques, sa carrière est stoppée net. Problème : il ne connaît rien d’autre.

Diamantino est un conte. Comme tout conte il nous parle de vraies choses. Des créatures vénales machiavéliques ultra-nationalistes manipulent un footballeur star infantilisé afin de régner sur la terre grâce à une armée de clones lobotomisés.
Diamantino est-il un documentaire ? Vivons-nous dans un film de série B ? Cet idiot au coeur pur parviendra-t-il à briser ses multiples chaînes grâce à l’amour pour ce jeune migrant adopté dont il ignore qu’elle est une espionne lesbienne enquêtant sur le terrible complot ?




Écrit pour la brochure du cinéma Le Cosmos, cycle #12 "Liaisons sportives" du 17 juillet au 27 août 2024.



Plus que deux séances pour voir ce très beau film sur grand écran à Strasbourg : ce samedi à midi et mardi 27 août à 20h30, au Cosmos.
Ne le ratez pas, c'est drôle beau hallucinant poétique et émouvant ouais les gros mots c'est un peu foireux et très réjouissant, l'acteur est super, tout le monde parle portugais, je sais pas ce qu'il vous faut de plus pour vous convaincre.
Le 19/08/2024 Geoffrey m'a envoyé ce message : " Ohlalaa on vient de voir "DIAMENTINO" avec Jaki j'ai adoré, Jaki a bien aimé aussi, trop beau trop drôle merci<3 "





























jeudi 18 janvier 2024

Winnipeg mon amour - Guy Maddin (2007)


























"Documentaire fantaisie" autobiographique et onirique sur Winnipeg, et ses tentatives incertaines d’y échapper.

Le narrateur tente en vain de quitter sa ville natale. Engourdi par le froid il ne fait que s'endormir dans un train peuplé de somnambules emmitouflés. Nous sombrons avec lui dans un long rêve traversé de sursauts et d'histoires aux origines troubles.
Ça commence par une chasse au trésor annuelle organisée par la compagnie des chemins de fer. Le prix est un aller-simple pour le prochain train quittant la ville, le but secret étant de faire comprendre aux habitants "que le trésor est là, sous leurs yeux, et que quiconque regarderait d'assez près les trésors de sa ville n'aurait plus jamais envie de la quitter".
Décrit par Maddin comme un "docu-fantaisie mêlant histoire personnelle, tragédie civile et hypothèses mystiques", My Winnipeg est une déclaration d'amour à une ville glacée, frustre, obsédante, capitale mondiale du somnambulisme irriguée par une mystérieuse énergie magnétique magique sexuelle souterraine.
Des chevaux fuyant un incendie figés dans une rivière gelée, des souvenirs confus et théâtraux, du spiritisme, un regard amer sur un siècle d'urbanisme. Mêlant ce qui semble être des images d'archives locales, des films de famille et des reconstitutions "officielles", l'auteur nous fait douter et livre au final une envoûtante ode au cinéma et à la naissance des histoires




Écrit le 30 décembre 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #8 "La nuit" (du 17 janvier au 27 février 2024)

mercredi 6 décembre 2023

L'effet aquatique - Solveig Anspach (2016)














Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, tombe raide dingue d’Agathe. Comme elle est maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez, il décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager.

Un grutier sensible, une maître-nageuse veuve et revêche, un congrès international à Reykjavik où l’on débat d’hygiène corporelle, est-ce bien réaliste ? Oui et non. Avec le fameux “effet aquatique” tout s’enchaîne naturellement/maladroitement, c'est presque réaliste, ça fait penser à des amis.  

À la fois doux et rock’n’roll, le film nous embarque dans le sillage de personnages pas si paumés et capte avec une grande fraîcheur le réveil amoureux, le sentiment curieux de s’intéresser à d’autres êtres humains, la joie pas si fréquente du dépaysement. Deux amis islandais devenus conseillers municipaux (un jour sur deux l’un est patron, l’autre obéit, un jour sur deux ils inversent. Quels génies.) accompagnent cette histoire “sooo french !” d’un regard pragmatique et amusé, accueillent sur leur île les nouveaux arrivants à bras ouverts, d’autant plus que certains se sont déjà rencontrés dans un précédent film, à Montreuil, et sont déjà amis. “Mais vous vous connaissez ?! Mais oui”, comme dans la vraie vie.




Écrit le 13 juillet 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #3 "Tout baigne ?"

L'île au trésor - Guillaume Brac (2018)

 


Un été sur une île de loisirs en région parisienne. Terrain d’aventures, de drague et de transgression pour les uns, lieu de refuge et d’évasion pour les autres. De sa plage payante à ses recoins cachés, l’exploration d’un royaume de l’enfance, en résonance avec les tumultes du monde.

Ce film est une merveille. Guillaume Brac fait ressentir l’été comme personne. En s’attachant à différents habitants de ce paradis miniature, nous vivons le plaisir des journées sans fin, le bruit de l’eau, la douceur du soir, l’immense joie de la resquille. Ils sont si doux ces gardiens de parc, ils savourent avec le même délice chaque excuse inventée par les jeunes fraudeurs pris en flag, chaque jour un nouveau poème offert pour eux. Courez voir cette succession d’instants de grâce, c’est beau.



Écrit le 13 juillet 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #3 "Tout baigne ?"

mardi 5 décembre 2023

Les vacances à Chelles - Martin Jauvat (2019)














C'est l'été en banlieue parisienne. Il fait chaud, la ville est déserte. Parfois, on se sent seul quand on reste à la maison, et tout ce dont on rêve, c'est d'un peu de compagnie.

Dans ce début certes maladroit le très jeune Martin Jauvat réussit à nous intriguer par une sensibilité et un humour mi-pataud mi-poétique. Ici c’est la douceur qui désarçonne.  Est-ce que les jeunes sont plus gentils en 2020 ? Est-ce que c’est la fumette ? Sont-ils idiots ? Cette simplicité avec la gentillesse, ce fond mélancolique, on les retrouve affinés dans Le sang de la veine puis le réjouissant Grand Paris. On en veut encore, retrouvons-le dans Ville éternelle de son amie Garance Kim sur arte.tv.



Écrit le 13 juillet 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #3 "Tout baigne ?"

Delphine et Carole, insoumuses - Callisto Mc Nulty (2019)
















La rencontre entre l'actrice mythique Delphine Seyrig et la réalisatrice Carole Roussopoulos nous conduit au coeur du féminisme des années 1970. Caméra au poing, elles vont s'engager dans des combats radicaux avec insolence, intransigeance et beaucoup d'humour.

Ce film est limpide. On s’y exprime de façon simple et intelligente. Il est émouvant stimulant instructif. Il donne furieusement envie de voir tous les films produits à cette époque par ces femmes intelligentes. C’est réjouissant de voir que tout ça a existé, un peu moins de réaliser qu’il aura fallu 50 ans pour qu’on en parle à nouveau. La volonté de partager les savoirs, passer à l’action, s’entraider y est essentielle. 

Vous aussi vous voulez une rétrospective Roussopoulos? Ecrivez au Cosmos ! 




Écrit le 27 mai 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #1 "Belles équipes"

Entre nos mains - Mariana Otero (2010)

















Confronté·es à la faillite de leur entreprise de lingerie, des salarié·es – majoritairement des femmes – tentent de reprendre la société sous forme de coopérative. À mesure que le projet prend forme, ils et elles se heurtent à leur patron et à la réalité du marché. L'entreprise devient alors un petit théâtre où se jouent, sur un ton espiègle, entre soutien-gorges et culottes, des questions fondamentales. Les salarié·es découvrent dans cette aventure collective une nouvelle liberté.

“Ribambelles de satin... jolis rubans de dentelle

Soutien-gorges et culottes, pour les sauver créons notre SCOP !"

En dépôt de bilan depuis octobre 2008, l’entreprise de confection de lingerie Starissima près d’Orléans se fait alors aider par la conseillère Sylvie Nourry afin de pouvoir poursuivre l’activité sous forme de SCOP. La documentariste Mariana Otero va suivre le quotidien de l’entreprise en plein questionnement pendant trois mois, venant chaque jour de 8h à 18h, partager le quotidien des salarié·e·s. 

Alors que la délicatesse et le calme de la confection de pièces de lingerie rythment les journées de travail, les doutes et prises de positions avoués, au début timidement, les conversations qui se font plus ouvertes et engagées, les réunions, le cheminement de chacun·e, créent, contre toute attente, un suspense de plus en plus intense. Oui, alors que tout paraît modeste, discret, on se retrouve happé par ce qui se trame, on a envie que ça marche, nous aussi, oh oui. Le suspense est grand et pourtant rien n’est spectaculaire, c’est la grande beauté et la grande intelligence du travail de Mariana Otero : montrer les changements, filmer les pensées, les transformations subtiles de chacun·e au sein du collectif qui se crée devant nos yeux. Aurait-il fallu “faire le poulet” … ?




Écrit le 27 mai 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #1 "Belles équipes"