mardi 13 mai 2025
Lumière Fleur
Gringo
"En attendant je te raconte 3 trucs drôles qui sont arrivés quand j'étais à la caisse du cinéma, je te les écris à toi en exclusivité :
le premier truc c'était en septembre ou octobre, et donc une jeune et très belle femme me tend son smartphone pour que je scanne son passe sanitaire qu'elle avait pris en photo, enfin elle faisait défiler sa galerie de photos sur le comptoir devant mon nez et hop la photo qu'elle agrandit pour que je la scanne c'est pas le passe sanitaire, c'est un selfie (enfin je crois) de ses seins (enfin son torse fin avec ses vêtements remontés) ha ha mais ça a duré une seconde parce qu'elle a swipé la photo assez vite, et moi grande classe j'ai fait comme si de rien n'était, super pro.
Alors je ne sais pas ce que tu en penses mais moi je me suis demandé si c'était fortuit ou volontaire. Genre c'est une grosse blagueuse qui a fait une école d'art, c'est un genre de performance cachée underground, le genre de truc qui me branche. Ou alors elle est légèrement exhibitionniste. Ou alors elle a pas fait exprès du tout. Ou alors c'est une activiste qui fait ça pour troubler tous les contrôleurs de passes sanitaires qu'elle croise sur son chemin?
une jeune femme me tend son smartphone avec le QR code, je le scanne et là, je sais pas pourquoi, alors que d'habitude je ne regarde jamais ce qui s'affiche sur l'écran - juste la couleur verte qui dit que c'est ok et encore - là, mystère, mes yeux lisent le nom de la fille et bon ça doit pas être un hasard puisque ce nom je le connais, c'est Anouk Ricard, la célèbre illustratrice, que je connais un peu en vrai parce qu'avant elle vivait à Strasbourg. Et là je vois bien que c'est pas elle, enfin ça pourrait mais quand même je la reconnaîtrais je pense, alors comme on a des masques je la regarde un peu mieux, du coup elle me regarde avec un drôle d'air genre "merde est-ce que je me suis faite griller?", tout ça est très furtif, et puis bon avec les masques, et moi toujours la reine de la classitude, je fais comme si de rien n'était. Je me suis dit que ça devait être sa soeur... Je me suis dit que j'allais envoyer un mail à Anouk pour lui raconter et lui demander en rigolant mais après j'ai oublié, peut-être je ferai ça plus tard... En tous cas je me suis dit deux trucs :
1 : c'est pas forcément malin d'emprunter le pass sanitaire de quelqu'un de connu
2 : en même temps, les personnes susceptibles de connaître Anouk Ricard et de contrôler des passes sanitaires vont à priori être coolos et pas appeler la police.
Le plus fou c'est que le soir même ou deux jours après je sais plus, en passant la carte d'abonnement d'un client, je vois qu'il s'appelle Marc Lévy, mais bon comme je sais pas à quoi il ressemble je peux pas savoir si c'est lui ou un autre et là je me dis ahaaan... Et là je viens de taper marc lévy strasbourg dans google pour voir s'il était pas de passage dans la région ou s'il habiterait pas en alsace, mais non c'est un psychiatre.
La troisième histoire c'était hier :
il y avait l'avant-première d'un film documentaire qui a l'air bien pourri, l'histoire d'une jeune femme qui apprend qu'elle a la sclérose en plaque et qui décide de faire le tour du monde ou je sais pas quoi pour voir des chamanes (et Rosy, c'est le nom qu'elle donne à sa maladie haaaannn)
Voilà voilà, mes supers histoires de caissière."
mercredi 23 avril 2025
12 heures de sommeil
J'arrive avec Maïa devant l'endroit cool qui est une boutique ou un atelier galerie je sais pas quoi, elle vient de garer sa voiture moi je suis venue à vélo et purée mais je plane, j'ai mon antivol dans les mains, ça veut dire que j'ai laissé mon vélo quelque part sans l'accrocher, vraiment je suis à la masse, c'est ça de discuter. Bon je reviens, je sais pas où j'ai posé mon vélo, je le retrouve, je l'accroche et j'arrive, il doit être à côté là, près de ce grand restaurant. Je m'approche du parking sous les arbres et les buissons, au moment où je commence à regarder, toutes les lumières s'éteignent. Exactement ce que je craignais. Je plane tellement aujourd'hui.
Je vois plus rien. J'entre dans le restaurant, un peu classe et chaleureux, je vais demander à quelqu'un de me prêter son téléphone pour faire lampe, moi j'ai pas de smartphone. Je tombe sur le chef qui en fait est un acteur un peu connu, un grand type souriant, un peu vieux mais pas trop, entre Jean-Luc Bideau et Donald Sutherland, un grand type qui a l'air sympa.
mardi 11 février 2025
Style vieille jeune
mercredi 6 décembre 2023
Les sorcières d'Eastwick - George Miller (1987)
Trois jeunes femmes espiègles et indépendantes se morfondent dans la très puritaine petite ville d'Eastwick où jadis furent brûlées maintes sorcières accusées de commerce avec le Diable. Elles se réunissent chaque week-end jusqu'au jour où... un certain Daryl Van Horne...
L’été où un magnétoscope est apparu à la maison, un jeune ami cinéphile de notre père lui a prêté un carton de VHS. Dedans il y avait Les sorcières d’Eastwick.Je ne sais plus quel âge on avait, mais si on l’a autant regardé mes sœurs et moi, c’est qu’il devait s’y passer un truc qui nous parle.
La vérité c’est que cette histoire d’émancipation et d’empouvoirement de ces trois amies dans un bled conservateur est jouissive. C’est ça qu’on voulait : être fortes, libres, se marrer, draguer Satan.
Écrit le 25 septembre 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #5 "Géométries amoureuses"
Sois belle et tais-toi ! - Delphine Seyrig (1976)
Dans ce documentaire, Delphine Seyrig s’entretient avec une vingtaine d’actrices de nationalités différentes, à propos de leur expérience dans le milieu du cinéma. Trois mêmes questions leur sont posées, aussi simples qu'inhabituelles. Les réponses sont édifiantes.
Déjà sorti en salles en 2023, déjà passé sur Arte, déjà vu peut-être, et vous pensez que ça suffit ? Sérieusement ? Sois belle et tais-toi ! devrait être programmé à l’école dès le collège et être revu régulièrement, comme les leçons de secourisme, histoire que ça ne s’évapore pas complètement à l’approche du premier blockbuster qui passe. Ce film est rare et surprenant. Plus que l’on imagine. Plus que la bande-annonce ne laisse présager.
Pour un homme de plus de 35 ans amené, un cadeau offert en caisse du cinéma.
Écrit le 13 juillet 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #4 "Animēshon" / Festival Play it again / Focus Delphine Seyrig
Ah oui et le cadeau alors c'était quoi ?
mardi 5 décembre 2023
Simone Barbès ou la vertu - Marie-Claude Treilhou (1980)
Delphine et Carole, insoumuses - Callisto Mc Nulty (2019)
La rencontre entre l'actrice mythique Delphine Seyrig et la réalisatrice Carole Roussopoulos nous conduit au coeur du féminisme des années 1970. Caméra au poing, elles vont s'engager dans des combats radicaux avec insolence, intransigeance et beaucoup d'humour.
Ce film est limpide. On s’y exprime de façon simple et intelligente. Il est émouvant stimulant instructif. Il donne furieusement envie de voir tous les films produits à cette époque par ces femmes intelligentes. C’est réjouissant de voir que tout ça a existé, un peu moins de réaliser qu’il aura fallu 50 ans pour qu’on en parle à nouveau. La volonté de partager les savoirs, passer à l’action, s’entraider y est essentielle.
Vous aussi vous voulez une rétrospective Roussopoulos? Ecrivez au Cosmos !
Écrit le 27 mai 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #1 "Belles équipes"
Entre nos mains - Mariana Otero (2010)
Confronté·es à la faillite de leur entreprise de lingerie, des salarié·es – majoritairement des femmes – tentent de reprendre la société sous forme de coopérative. À mesure que le projet prend forme, ils et elles se heurtent à leur patron et à la réalité du marché. L'entreprise devient alors un petit théâtre où se jouent, sur un ton espiègle, entre soutien-gorges et culottes, des questions fondamentales. Les salarié·es découvrent dans cette aventure collective une nouvelle liberté.
“Ribambelles de satin... jolis rubans de dentelle
Soutien-gorges et culottes, pour les sauver créons notre SCOP !"
En dépôt de bilan depuis octobre 2008, l’entreprise de confection de lingerie Starissima près d’Orléans se fait alors aider par la conseillère Sylvie Nourry afin de pouvoir poursuivre l’activité sous forme de SCOP. La documentariste Mariana Otero va suivre le quotidien de l’entreprise en plein questionnement pendant trois mois, venant chaque jour de 8h à 18h, partager le quotidien des salarié·e·s.
Alors que la délicatesse et le calme de la confection de pièces de lingerie rythment les journées de travail, les doutes et prises de positions avoués, au début timidement, les conversations qui se font plus ouvertes et engagées, les réunions, le cheminement de chacun·e, créent, contre toute attente, un suspense de plus en plus intense. Oui, alors que tout paraît modeste, discret, on se retrouve happé par ce qui se trame, on a envie que ça marche, nous aussi, oh oui. Le suspense est grand et pourtant rien n’est spectaculaire, c’est la grande beauté et la grande intelligence du travail de Mariana Otero : montrer les changements, filmer les pensées, les transformations subtiles de chacun·e au sein du collectif qui se crée devant nos yeux. Aurait-il fallu “faire le poulet” … ?
Écrit le 27 mai 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #1 "Belles équipes"






