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mardi 16 janvier 2024

J'ai pas sommeil - Claire Denis (1994)






















C'est au petit matin que Daïga débarque à Paris au volant de sa vieille voiture avec pour tout bagage un peu d'argent, deux numéros de téléphone et beaucoup de cigarettes. Elle a fait d'une traite la route de Vilnius à Paris, elle est comédienne et un metteur en scène de passage à Vilnius lui a promis de l'aider.

Katerina Golubeva est un peu trop années-90-ment belle dans sa skoda rouillée, à fumer des clopes dans des vêtements trop grands qui lui vont si bien. Béatrice Dalle aussi est très photogénique quand elle apparaît, ça agace pas mal. Heureusement il y a les autres : Line Renaud qui tient l’hôtel avec sa mère et qui le jour anime les cours de karaté des “panthères grises”, les frères martiniquais, la police...
En adaptant librement l’affaire Thierry Paulin, Claire Denis et Agnès Godard dissolvent le sordide dans un enchaînement de séquences froides et veloutées, étrangement douces et enveloppantes. On retrouve cette espèce de mélancolie propre au début des années 90, la mort qui rôde, la solitude des métropoles. Ces personnages qui se croisent sans vraiment se parler font avancer le film en cercles concentriques, comme un oiseau planant lentement au-dessus d'une proie. C’est doux et mélancolique, une berceuse chantée par Jean-Louis Murat, de l'ASMR chuchoté en russe dans une boîte de nuit gay.




Écrit le 30 décembre 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #8 "La nuit" (du 17 janvier au 27 février 2024)

Ce film étant finalement déprogrammé (problème de copie) vous avez droit à une deuxième image


et un extrait vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=MMcBEOvxXj4

mardi 5 décembre 2023

Augustin (1995) et Augustin, roi du kung-fu (1999) - Anne Fontaine


Augustin travaille dans un bureau à mi-temps, dans une espèce de cagibi. Il est un peu étrange, peut-être parce qu’il est grand et un peu bègue, a l’air seul, a un look bizarre, ah non ça c’est les années 90 ? Il travaille à mi-temps parce qu’il a un trouble du spectre autistique ? On ne sait pas. 

Ah non c’est parce qu’il est acteur. Il passe des castings, à mi-temps. Augustin, enfin Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, l’acteur, c’est le frère d’Anne Fontaine, la réalisatrice, et il est tellement touchant que comme elle, comme Thierry Lhermite (dans une hallucinante scène de casting qui a l’air tellement réelle que peut-être elle l’est, qui sait?), on a envie de le voir dans un film, un film sur lui ? Ou avec lui ? On ne sait pas, on aimerait juste le revoir. Ça tombe bien. Sa sœur aussi.





















C'est décidé, Augustin sera le prochain roi du kung-fu, malgré sa raideur et sa maladresse.


Ouf ! Encore un film avec Augustin Dos Santos. Il est si appliqué, comment ne pas l’aimer ? Il fait tout bien. Pour pouvoir jouer dans des films d’action, il déménage dans le XIIIème, prend des cours d’arts martiaux, de chinois avec Bernard Campan, travaille bénévolement dans le magasin magique de Darry Cowl (dans son plus beau rôle) et sert de cobaye à Maggie Cheung apprentie acupunctrice. Est-ce que ça ressemble plus à un vrai film parce qu’il y a des acteurs connus dedans ? Peut-être, mais lui reste toujours aussi déconcertant, quel soulagement. Encore. 



Écrits le 13 juin 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #2 "Cinéma miroir"

PS : oubliez le reste de la filmographie de la réalisatrice, n'y pensez pas.