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mercredi 9 octobre 2024

La momie (1999)

Lundi 2 août.

Après avoir relu les épisodes précédents, j'en viens à me demander si c'est vraiment intéressant, et si on peut vraiment y comprendre quelque chose.À 4h30 j'ai rendez-vous chez le docteur pour qu'il me prescrive des séances de kiné. Un de mes voisins regarde un film d'aventures américain depuis un moment. ça résonne dans toute la cour intérieure. On reconnaît bien les intonations des doubleurs français. J'aime bien, je ne mets pas la radio. On ne comprend pas tout. Une fille parle d'un ton décidé. Elle dit quelque chose de très important aux deux hommes. Elle essaie de leur faire comprendre : oui, c'est bien ça, il veut faire exploser la bombe ! professeur ! vous ne semblez pas comprendre, il faut agir maintenant, après il sera trop tard ! Là j'invente car le voisin doit être parti aux toilettes car le film s'est arrêté d'un coup, juste après la bombe, juste quand je commençais à essayer de comprendre quelque chose.
C'est le silence total. Peut-être que mon voisin est mort d'une crise cardiaque dans ses toilettes et c'est pour ça qu'il ne peut plus appuyer sur la touche play de la télécommande.
Mardi 3.Je me sens faible.Je suis sortie m'acheter un steak au MAGMOD avant que ça ferme, et, tellement lasse, me suis sentie incapable de faire un pas de plus : je suis donc à la terrasse de l'Odyssée et j'ai un steak dans mon sac.
J'ai envie de dormir.
J'ai une fois de plus oublié d'aller réparer mon vélo qui est resté à l'école. J'aimerais vraiment faire veilleuse de nuit pour pouvoir être payée à faire mon courrier, lire, dessiner, mais ils préfèrent prendre des garçons. Je vais essayer de me déguiser.
Encore un type avec des tatouages sur les bras.
Dans La Momie il y a un type qui me fait penser à Johnny Depp dans Dead Man parce qu'il a des tatouages sur les joues et la même coiffure et barbe et il fait du cheval aussi.
La Momie c'est vraiment super mais j'ai raté le début alors que je pensais être en avance. J'ai donc aussi raté les bandes annonces et ça c'est dommage aussi parce que c'est ce que je préfère mais La Momie c'est tellement bien que les bandes annonces je n'y ai plus pensé.
Donc je suis arrivée quand le type qui ressemble à Johnny Depp sur son cheval avec d'autres hommes du désert regardent le héros qui est un peu plus bas dans le sable et alors un des types du désert lui demande (en arabe mais c'est sous-titré) : on le tue? et lui il répond : non. Le désert s'en chargera. Et ils s'en vont avec leurs chevaux et là je me suis tout de suite dit que c'était un grand film.
Dans la salle (la grande salle du PathéClub, la salle Marilyn) on était 5 : un couple, 2 grand-mères dans le fond qui n'arrêtaient pas de se marrer et moi. J'étais en plein milieu sans personne devant et c'était la première fois depuis longtemps que je voyais un film dans une aussi grande salle, avec un aussi grand écran.
À un moment, l'homme du désert dit à un de ses potes en parlant du héros qui en fait n'est pas mort dans la première scène : lui, il est fort. (en arabe aussi). C'est vrai : il ne saigne jamais, il est toujours bien rasé et il s'appelle Rick. Elle elle s'appelle Evelyne, elle non plus elle ne saigne jamais et elle a des super cheveux.
20h30. Je suis rentrée. Je viens de finir le steak. Dans la cour j'entends Zorro.À un moment aussi la momie embrasse Evelyne sur la bouche (elle est endormie) mais comme elle n'est pas encore complètement transformée en homme ça bousille toute sa bouche mais pas à Evelyne car c'est pas une momie mais ça la réveille alors le héros arrive avec le chat alors la momie pousse un cri terrible, sa bouche est toute déchiquetée et comme il a peur il se transforme en sable et s'enfuit par la fenêtre qui se referme dans un grand fracas après le tourbillon.
À un autre moment, un des cowboys dit : ils essaient de nous faire peur pour avoir le trésor à eux seuls. Et Rick répond : non. Les hommes du désert n'aiment pas l'or. Ils ne s'intéressent qu'à l'eau.Ça y est je me sens lasse encore une fois.Dehors il y a un film.



mercredi 6 décembre 2023

Onibaba (1964) et Kuroneko (1968) - Kaneto Shindô

 

Au XIVe siècle, la guerre entre les samouraïs ruine le pays. Une femme et sa belle-fille subsistent difficilement en vendant les armes des soldats qu'elles ont tués. Apprenant un jour que sa bru a une liaison avec un déserteur, la belle-mère se déguise en démon pour la terrifier et la garder auprès d'elle.

Deux femmes vivant dans une hutte, des samouraïs affamés perdus dans les herbes hautes.
Eau, nourriture, sexe.
Temps hostiles, besoins primaires, survie : on mange avec appétit, on dépouille les victimes avec sérieux et méthode. C’est avec le même sérieux que la jeune femme brave sa peur chaque nuit pour rejoindre son amant à travers les herbes coupantes. Avec la même force sa belle-mère tente de l’en empêcher.



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Gnitoki, un samouraï engagé dans l'armée, découvre les corps de sa mère et de son épouse violées et assassinées. Il rencontre deux femmes qui leur ressemblent étrangement. Il s'avère bientôt que ces deux créatures sont les fantômes des défuntes qui cherchent à se venger...

Deux femmes vivant dans une ferme, des samouraïs affamés rodant dans la campagne...
Deux points de départ similaires, deux faces du même joyau.
Quand Onibaba, cruel et solaire, saisit par son âpreté rustique, Kuroneko s’envole vers une romance fantastique et tragique.
Kuroneko, envoûtant, où deux femmes fantômes jouent à la perfection les gestes du raffinement japonais, se déplacent en glissant dans des décors et costumes à la fois minimaux et sublimes, yeux brillants, voix troublantes, on ne se lasse pas d’assister au ballet de leur piège tant il est délicat et fascinant.
Magnifiquement orchestré, chaque scène recèle une invention de cinéma. La nature y est incroyable, le son tout aussi beau.
Courez, volez, montez sur votre cheval, ne ratez pas ces deux chefs-d’œuvre, arrêtez-vous au Cosmos.




Écrits le 25 novembre 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #7 "Contes et légendes"

mardi 5 décembre 2023

L'esprit de la ruche - Victor Erice (1973)

Dans les années 1940, peu après la fin de la guerre civile, dans un village perdu du plateau castillan, deux sœurs assistent à la projection du film Frankenstein. Ana, 6 ans, très impressionnée, se met à sa recherche tandis que sa grande sœur Isabel lui fait croire que son esprit rôde dans une bergerie et que pour le voir il lui suffit de se présenter à lui en disant ces mots : “soy Ana. 

Ana Torrent a 6 ans elle aussi pendant le tournage du film, ne comprend pas pourquoi on l’appelle par un autre prénom que le sien, se rebelle. Elle sera donc bien Ana, réservée, curieuse, tourmentée, vivant tout au premier degré : le cinéma, les jeux, les leçons d’anatomie, les promenades dans les bois où l’on apprend à reconnaître les champignons vénéneux, une rencontre. Comme elle on est hypnotisé par ces histoires que chacun raconte, avec ou sans mots, on est plongé dans un monde mystérieux et sensible, aimanté au regard d’Ana. 



Écrit le 15 juin 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #2 "Cinéma miroir"