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jeudi 18 janvier 2024

Winnipeg mon amour - Guy Maddin (2007)


























"Documentaire fantaisie" autobiographique et onirique sur Winnipeg, et ses tentatives incertaines d’y échapper.

Le narrateur tente en vain de quitter sa ville natale. Engourdi par le froid il ne fait que s'endormir dans un train peuplé de somnambules emmitouflés. Nous sombrons avec lui dans un long rêve traversé de sursauts et d'histoires aux origines troubles.
Ça commence par une chasse au trésor annuelle organisée par la compagnie des chemins de fer. Le prix est un aller-simple pour le prochain train quittant la ville, le but secret étant de faire comprendre aux habitants "que le trésor est là, sous leurs yeux, et que quiconque regarderait d'assez près les trésors de sa ville n'aurait plus jamais envie de la quitter".
Décrit par Maddin comme un "docu-fantaisie mêlant histoire personnelle, tragédie civile et hypothèses mystiques", My Winnipeg est une déclaration d'amour à une ville glacée, frustre, obsédante, capitale mondiale du somnambulisme irriguée par une mystérieuse énergie magnétique magique sexuelle souterraine.
Des chevaux fuyant un incendie figés dans une rivière gelée, des souvenirs confus et théâtraux, du spiritisme, un regard amer sur un siècle d'urbanisme. Mêlant ce qui semble être des images d'archives locales, des films de famille et des reconstitutions "officielles", l'auteur nous fait douter et livre au final une envoûtante ode au cinéma et à la naissance des histoires




Écrit le 30 décembre 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #8 "La nuit" (du 17 janvier au 27 février 2024)

mercredi 6 décembre 2023

Les nuits de la pleine lune - Eric Rohmer (1984)



Louise joue dangereusement avec les sentiments de ceux qu'elle séduit et Rémi, son compagnon, est le premier à en souffrir. Elle sera prise à son propre jeu le jour où Rémi en découvrira la clé.

Géométrie amoureuse... Tous les Rohmer auraient pu y figurer. Pour les déjà mordu·e·s, nul besoin de notice. Pour celles et ceux qui hésitent, que dire ? Saviez-vous qu’Eric Rohmer (ce n’est pas son vrai nomn’a jamais dit à sa mère qu’il était cinéaste ? Qu’elle a cru toute sa vie qu’il était professeur de Lettres ? Et qu’il apparaissait danles médias toujours gri ? Il pensait que ça l’aurait tuée de savoir.

Quand on se met à aimer ses films, on se rend compte : 1 qu’ils sont tous bien, 2 que dans chacun d’eux un des personnages nous fait penser à nous-même ou à un·e ami·e. Par exemple, Louise, je comprends tout ce qu’elle dit. Et quand elle rembarre Luchini parce qu’il est insupportable, je souffle avec elle, et vous aussi vous soufflerez. 

Debout, claires, les femmes y sont étonnamment vives et têtues, posent des équations, les résolvent. Cette ténacité est d’une grande beauté et les questions d’une grande modernité. Les femmes s’expriment comme rarement et surtout : on les écoute.




Écrit le 25 septembre 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #5 "Géométries amoureuses"