mercredi 6 décembre 2023

Les sorcières d'Eastwick - George Miller (1987)













Trois jeunes femmes espiègles et indépendantes se morfondent dans la très puritaine petite ville d'Eastwick où jadis furent brûlées maintes sorcières accusées de commerce avec le Diable. Elles se réunissent chaque week-end jusqu'au jour où... un certain Daryl Van Horne...

L’été où un magnétoscope est apparu à la maison, un jeune ami cinéphile de notre père lui a prêté un carton de VHS. Dedans il y avait Les sorcières d’Eastwick.
Je ne sais plus quel âge on avait, mais si on l’a autant regardé mes sœurs et moi, c’est qu’il devait s’y passer un truc qui nous parle.
La vérité c’est que cette histoire d’émancipation et d’empouvoirement de ces trois amies dans un bled conservateur est jouissive. C’est ça qu’on voulait : être fortes, libres, se marrer, draguer Satan.




Écrit le 25 septembre 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #5 "Géométries amoureuses"

Un homme, un vrai - Arnaud et Jean-Marie Larrieu (2002)
















Au cours d'une soirée parisienne, Boris, un apprenti cinéaste, et Marilyne, une jeune cadre supérieure, se déclarent un amour éternel alors qu'ils viennent à peine de se connaître. Au fil du temps, leur relation va changer...

“Une biche !”. “Oh ! Encore une biche !”.
La scène qui se termine par “una biera et una omeleta please”. Et ça devient plus sombre.
L’émotion qui pointe. Les coqs de bruyère. À une heure du soir indéfinissable. En 35 mm, ça va être encore plus beau.
La fin, qui est aussi une chanson, chantée, en vrai, par les acteurs troublés.
Comment parler d’un film fétiche en 500 signes ? La musique de Philippe Katerine, la harpe, le guide de haute montagne Toni, le gazpacho ?
La deuxième fin. Et le générique aussi.



Écrit le 25 septembre 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #5 "Géométries amoureuses"

Princess Bride - Rob Reiner (1987)


Pour divertir son petit-fils, alité pour une mauvaise grippe, un homme commence à lui raconter une histoire qu'il a entendue souvent au cours de son enfance : celle de la princesse Bouton d'or. Après la mort de son fiancé Westley, assassiné par des bandits, la belle jure de ne plus jamais aimer personne.

Des blagues, des coupes de cheveux et des répliques politiquement très incorrectes, une princessinfichue d’assommer un Rongeur de Taille Inhabituelle en train de dévorer son bien-aimé alors qu’elle a une bûche à la main et surtout une BO entièrement composée avec le son trompette du meilleur synthétiseur des années 80 : voilà ce qu’il vous faudra assumer devant vos neveux ou nièces, enfants ou petits-enfants ébahis. À part ça, si avant d’y aller ils ou elles vous demandent s’il y a de l’action, faites confiance à Columbo et dites comme lui : “oh il n’y a que ça ! : bagarres, duels, tortures, vengeances, géant, monstres, poursuites, évasions, amour Vrai, miracle.” 

Et surtout, n’oubliez pas que Rob Reiner est la même personne qui a réalisé Spinal Tap et Stand by me, qu’un conte de fées où la Princesse Fiancée s’entend dire “s’il vous plaît, considérez-moi comme l’alternative au suicide” à un quart d’heure de la fin par son perfide futur époux n’est pas tout à fait un conte comme les autres.





Écrit le 25 septembre 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #5 "Géométries amoureuses"



Sois belle et tais-toi ! - Delphine Seyrig (1976)
















Dans ce documentaire, Delphine Seyrig s’entretient avec une vingtaine d’actrices de nationalités différentes, à propos de leur expérience dans le milieu du cinéma. Trois mêmes questions leur sont posées, aussi simples qu'inhabituelles. Les réponses sont édifiantes.

Déjà sorti en salles en 2023, déjà passé sur Arte, déjà vu peut-être, et vous pensez que ça suffit ? Sérieusement ? Sois belle et tais-toi ! devrait être programmé à l’école dès le collège et être revu régulièrement, comme les leçons de secourisme, histoire que ça ne s’évapore pas complètement à l’approche du premier blockbuster qui passe. Ce film est rare et surprenant. Plus que l’on imagine. Plus que la bande-annonce ne laisse présager.

Pour un homme de plus de 35 ans amené, un cadeau offert en caisse du cinéma.



Écrit le 13 juillet 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #4 "Animēshon" / Festival Play it again / Focus Delphine Seyrig


Ah oui et le cadeau alors c'était quoi ?



L'effet aquatique - Solveig Anspach (2016)














Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, tombe raide dingue d’Agathe. Comme elle est maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez, il décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager.

Un grutier sensible, une maître-nageuse veuve et revêche, un congrès international à Reykjavik où l’on débat d’hygiène corporelle, est-ce bien réaliste ? Oui et non. Avec le fameux “effet aquatique” tout s’enchaîne naturellement/maladroitement, c'est presque réaliste, ça fait penser à des amis.  

À la fois doux et rock’n’roll, le film nous embarque dans le sillage de personnages pas si paumés et capte avec une grande fraîcheur le réveil amoureux, le sentiment curieux de s’intéresser à d’autres êtres humains, la joie pas si fréquente du dépaysement. Deux amis islandais devenus conseillers municipaux (un jour sur deux l’un est patron, l’autre obéit, un jour sur deux ils inversent. Quels génies.) accompagnent cette histoire “sooo french !” d’un regard pragmatique et amusé, accueillent sur leur île les nouveaux arrivants à bras ouverts, d’autant plus que certains se sont déjà rencontrés dans un précédent film, à Montreuil, et sont déjà amis. “Mais vous vous connaissez ?! Mais oui”, comme dans la vraie vie.




Écrit le 13 juillet 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #3 "Tout baigne ?"

L'île au trésor - Guillaume Brac (2018)

 


Un été sur une île de loisirs en région parisienne. Terrain d’aventures, de drague et de transgression pour les uns, lieu de refuge et d’évasion pour les autres. De sa plage payante à ses recoins cachés, l’exploration d’un royaume de l’enfance, en résonance avec les tumultes du monde.

Ce film est une merveille. Guillaume Brac fait ressentir l’été comme personne. En s’attachant à différents habitants de ce paradis miniature, nous vivons le plaisir des journées sans fin, le bruit de l’eau, la douceur du soir, l’immense joie de la resquille. Ils sont si doux ces gardiens de parc, ils savourent avec le même délice chaque excuse inventée par les jeunes fraudeurs pris en flag, chaque jour un nouveau poème offert pour eux. Courez voir cette succession d’instants de grâce, c’est beau.



Écrit le 13 juillet 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #3 "Tout baigne ?"

mardi 5 décembre 2023

Les vacances à Chelles - Martin Jauvat (2019)














C'est l'été en banlieue parisienne. Il fait chaud, la ville est déserte. Parfois, on se sent seul quand on reste à la maison, et tout ce dont on rêve, c'est d'un peu de compagnie.

Dans ce début certes maladroit le très jeune Martin Jauvat réussit à nous intriguer par une sensibilité et un humour mi-pataud mi-poétique. Ici c’est la douceur qui désarçonne.  Est-ce que les jeunes sont plus gentils en 2020 ? Est-ce que c’est la fumette ? Sont-ils idiots ? Cette simplicité avec la gentillesse, ce fond mélancolique, on les retrouve affinés dans Le sang de la veine puis le réjouissant Grand Paris. On en veut encore, retrouvons-le dans Ville éternelle de son amie Garance Kim sur arte.tv.



Écrit le 13 juillet 2023 pour la brochure du Cosmos, cycle #3 "Tout baigne ?"